Guérir des maux de la guerre au Pérou : nettoyer l'âme et le corps.
Dorothée Delacroix  1@  
1 : Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires  (LISST-CAS)  -  Site web
CNRS : UMR5193, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), Université Toulouse le Mirail - Toulouse II
Université Toulouse-Le Mirail Maison de la Recherche 5 Allées Antonio Machado 31058 TOULOUSE CEDEX 9 -  France

Dans les Andes rurales péruviennes, force est de constater une évolution de l'étiologie locale des maladies après l'épisode de violence politique qu'a connu le pays entre 1980 et 2000 et qui principalement touché les paysans andins quechuaphones. Les discours de ces derniers à propos des maladies qu'ils attribuent à la guerre (somnambulisme, perte de mémoire, maux de tête, maladie de la peur (susto), cancers) seront mis en perspective, dans cette communication, avec les modalités de guérison envisagées par ces mêmes acteurs. Il ne s'agira pas de donner une nosographie objective des maladies consécutives à la guerre, mais de restituer l'expérience des personnes affectées et les catégories qui leur permettent de l'exprimer. Le contexte de peur et d'atrocité propre à l'époque de la guerre a généré une appréhension de soi et de son environnement qui n'était pas en rupture avec les modèles cognitifs préexistants liés à la conception de la personne et du monde, mais qui a rendu leur redéfinition nécessaire afin de les « ajuster » à la réalité vécue. Nous nous demanderons pourquoi le guérisseur traditionnel (curandero) est-il considéré impuissant face aux maladies de la guerre alors que le psychologue est, lui, jugé capable de les soigner ? Et dans quelle mesure un rôle thérapeutique est-il aussi attribué aux conversions à l'évangélisme ? Les paysans se sont en effet appropriés des notions apportées par les membres des ONG et les évangélistes et cela pas seulement afin de pouvoir revendiquer leur statut de victime. Nous verrons que les différentes manières de penser les difficultés du quotidien après des épisodes violents offrent non seulement un registre discursif pour exprimer la souffrance mais permettent aussi d'évoquer les réseaux d'animosités qui continuent de structurer subrepticement le quotidien et les relations sociales.


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